Mon histoire

Je suis un savant mélange entre une mère Bordelaise et un père Normand ! C’est grâce au vin rouge et au camembert souvent présents sur nos tables que j’ai commencé mon parcours professionnel à l’âge de 16 ans. J’ai intégré un lycée hôtelier en région Bordelaise où j’ai effectué de 2000 à 2004 le Cap/Bep et le Bac Pro Cuisine. A cette époque, la cuisine avait redonné du sens à ma vie, ce qui m’a permis de sortir de la spirale de l’échec scolaire. Cela a été une révélation pour moi et m’a apporté ce que je cherchais depuis très longtemps : du concret, de la simplicité, de la rigueur, du compagnonnage… 

Mon parcours

Ma vie dans l’hôtellerie restauration a été rythmée, comme celles de nombreux confrères et consœurs que j’ai croisé durant mon parcours professionnel, par de véritables « Cauchemar en cuisine ». Je n’ai pas eu que de mauvaises expériences et heureusement, cela m’a permis de garder la foi durant toutes ces années passées dans la salle des machines. Je remercie Monsieur Dauphin qui m’a fait confiance durant mes quatre premières années de pratique. Je suis rentré chez lui en tant que commis de cuisine et j’ai gravi les échelons pas à pas jusqu’au poste de second de cuisine. Je me souviens encore de sa gentillesse, de sa présence à tous les repas du personnel, de son respect.

J’ai récemment croisé un ancien camarade de Bac pro qui m’a appris que la grande majorité de notre promo avait arrêté la restauration. La crise du Covid a révélé que lorsque la machine s’arrête, les douleurs (physiques et psychologiques) se réveillent. Tant de souffrance dans ce qui est pour moi l’un des plus beaux métiers du monde. Le problème est que parfois, une entreprise devient un monstre qui demande à être nourri.

J’ai souvent réalisé durant mon parcours que les difficultés viennent généralement de problématiques psychologiques. Une mauvaise gestion d’entreprise n’est pas seulement due à des méconnaissances ou à la conjoncture ; elle est à mon sens la conséquence de problèmes d’ego, d’une grave absence de remise en question, de jeux psychologiques…. Mais également d’inhumanité.

Lorsque je suis passé chef de cuisine, je pensai naïvement pouvoir accéder à une place qui pourrait faire changer les choses. Je me suis heurté à un mur. Nous avons un dicton en cuisine : le poisson pourrit toujours de la tête à la queue. En effet, j’ai réalisé que même à ce poste, je ne pouvais rien changer lorsque le problème vient de la hiérarchie. Plusieurs fois, j’ai été renvoyé dans mes pénates en me disant grosso modo « Vous n’êtes que chef, moi je suis le patron.»

Plusieurs fois, j’ai eu des expériences de chef sans être vraiment chef car le patron (et/ou la patronne) voulant tout contrôler, ne me laissait aucune marche de manœuvre.

Je me souviens d’un patron qui m’a dit : « moi, je n’embauche que des personnes qui sont en couple avec des enfants et des prêts ». Quel cynisme ! Ce patron avait bien compris l’adage qui dit que « là où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute ». Qu’est-ce qui a pu se passer dans la vie de cette personne pour en arriver à cette façon de penser ? C’est une des questions qui se sont imposées à moi durant mon parcours et qui m’a conduit sur le chemin de la psychologie. 

En 2015, j’ai eu une expérience de sept jours dans un restaurant, qui a été fondatrice dans mon envie de changer de métier. J’ai revécu sur une courte période tout ce que j’avais vécu durant toute ma carrière professionnelle : cuisine insalubre, produits avariés, horaires à rallonge, mensonge sur le contrat de travail qui indiquait commis au lieu de chef de cuisine… J’avais été embauché en tant que chef de cuisine afin d’aider une entreprise en difficulté. Je me suis investi, prenant une fois de plus cette expérience comme une opportunité de faire mes preuves. J’ai finalement réalisé au fur et à mesure que le patron se servait de moi pour relancer son entreprise. Je suis donc parti et j’ai eu beaucoup de mal pour récupérer mes papiers, y compris mon contrat de travail.

Un dimanche à huit heures du matin quelques semaines après, je reçois un coup de fil de ce patron pour me demander où était le film alimentaire ! Je me suis assis au bord de mon lit et me suis dit : « Si je continue, ce métier va me tuer ».

J’avais remarqué chez ce patron un probable début de maladie d’Alzheimer durant mon expérience avec lui. Cependant, la nature de sa demande a été tellement absurde que je l’ai prise de plein fouet. C’est à ce moment-là que j’ai pris la décision de changer de métier pour la psychologie. 

En 2016/2017, j’ai effectué ma formation en relation d’aide à l’institut Cassiopée Formation à Chatou en région Parisienne. J’ai beaucoup apprécié ces deux années durant lesquelles j’ai pu sortir du milieu que j’avais toujours côtoyé et découvrir des personnes d’horizon différents. Encore plus que l’accès au savoir, cela m’a permis de retourner sur les bancs de l’école afin d’actualiser les blessures de ma période d’échec scolaire, de travailler sur ma confiance, mon affirmation de soi, mon syndrôme de l’imposteur entre autres !

A partir de 2016, j’ai entamé en parallèle une psychothérapie avec un psychologue clinicien qui me supervise encore parfois.

Afin de financer ma formation, j’ai continué à travailler en restauration notamment pour divers traiteurs. Je ne connaissais pas bien le monde du traiteur et de l’événementiel. Cela m’a permis de découvrir d’autre façons de travailler et bien d’autres personnes en souffrance. En traiteur, il n’y a pas de service cependant il n’y a pas d’horaire non plus. J’ai travaillé jusqu’à 24h d’affilée ! La question est : pourquoi acceptons nous ça ?

J’ai toujours apprécié l’esprit de brigade en cuisine : « Tout le monde se bat, personne ne se barre ! » Il y a un fort esprit de camaraderie dont le revers de la médaille est l’exploitation, le surinvestissement, le burnout, la maladie…

Après ma formation, j’ai jugé utile de retourner en cuisine pour prendre un dernier poste de chef de cuisine afin d’y vivre l’expérience enrichi des apprentissages de ma formation. Il me semblait alors indispensable de travailler mes failles avant de lancer mon cabinet de thérapie. Je voulais éviter d’apporter dans la relation thérapeutique des problématiques personnelles non résolues. Je voulais travailler sur mon propre savoir-être. Cette expérience a été riche en enseignements et a duré deux ans. Je suis ensuite reparti en traiteur afin d’ouvrir à terme mes droits aux chômage dans l’optique de créer mon entreprise. Et bam, Covid !

Cette période de confinement m’a ouvert tout un espace pour travailler sur mon projet afin de le lancer au mieux. Au premier déconfinement en 2020, j’ai trouvé mon cabinet et créé mon entreprise. J’en suis aujourd’hui à ma sixième année de pratique et je suis très heureux de m’être donné la permission de sauter le pas. Je suis aujourd’hui dans un métier qui me plait, qui a du sens et qui me permet enfin d’avoir la place et le cadre pour agir afin de faire bouger les lignes. J’éprouve beaucoup de joie lorsque je peux notamment aider des personnes qui travaillent dans le milieu de l’hôtellerie restauration car je sais exactement ce par quoi ils passent.

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J’ai une règle d’or et une seule :
tout le monde se bat, personne ne se barre.
Le premier qui se dégonfle, je le descends !


Le lieutenant Rasczak (Starship Troopers) 

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